Chez EELV et LFI, une rentrée sous le signe de la refondation

Le chantier est ouvert. Promise de longue date, la refondation d’Europe Ecologie-Les Verts (EELV) pourrait connaître un nouveau départ à partir des journées d’été qui débuteront jeudi à Grenoble. Avec en toile de fond le renouvellement à la tête du parti prévu pour le congrès de début décembre. Le secrétaire national Julien Bayou doit en effet y passer la main en raison de son élection à l’Assemblée en juin dernier. Marine Tondelier, conseillère municipale d’opposition à Hénin-Beaumont et membre de la direction, figure parmi les principaux successeurs évoqués. Elle est ainsi à l’initiative d’un collectif baptisé « La suite » qui appelle, dans une tribune publiée dimanche, à la fondation d’un « nouveau mouvement pour refonder l’écologie politique ».

Les auteurs du texte revendiquent d’ores et déjà le soutien d’un millier de cadres et d’élus, parmi lesquels les maires écologistes de Poitiers, de Lyon, de Grenoble, de Strasbourg, de Tours ou encore de Besançon. On retrouve également parmi les signataires l’ancien député Cédric Villani mais aussi l’ex-candidat des écologistes à la présidentielle Yannick Jadot, qui réalise cette semaine son grand retour dans l’arène nationale. Si EELV reste « toujours le parti de référence autour duquel se structure le pôle écologiste », la tribune insiste toutefois sur « l’actuelle nécessité d’une rupture dans son fonctionnement » et donc de sa refondation « avec ses partenaires » dudit pôle.

« Nouvelles règles ». Cette perspective a d’ailleurs été tracée au début du mois de juillet par le parti qui a lancé un « référendum d’initiative militante » sur le sujet, tout en pointant les limites de l’organisation actuelle. « C’est une initiative que je soutiens mais à laquelle il fallait donner du sens. Nous voulons décliner concrètement des propositions sans rester dans des déclarations abstraites, ne pas réfléchir qu’avec des experts du congrès mais aussi avec les militants des autres partis écologistes », précise Marine Tondelier.

Réforme des statuts et du système des désignations pour les élections… Les pistes sont nombreuses mais l’écologiste appelle à ne pas mettre la charrue avant les bœufs. « Est-ce qu’on parvient à faire ces changements avant le congrès ? Pour qu’il soit réussi, il doit être mené sur de nouvelles bases et avec de nouvelles règles », plaide l’élue des Hauts-de-France qui a réuni plusieurs groupes de travail au sein de son collectif.

« L’ampleur prise par notre mouvement et les attentes à notre égard nous obligent à accroître notre ancrage territorial et à faire vivre le pluralisme »

Cet enjeu interne a aussi changé de nature dans le contexte de l’alliance à gauche de la Nouvelle union populaire écologique et sociale (Nupes). Raison pour laquelle ces considérations internes agitent également la rentrée politique de La France insoumise (LFI). Comme souvent, c’est sous la plume de la députée Clémentine Autain que la question s’est immiscée malgré les réticences régulières de ses camarades à ouvrir le dossier. Dimanche sur son blog, la députée de Seine-Saint-Denis a ainsi publié une longue et exhaustive contribution au débat sur la « transformation du mouvement ». Il s’agit, selon elle, d’évolutions nécessaires afin de lui faire « franchir un cap » et de mieux épouser le rôle central dévolu à LFI à l’intérieur de la Nupes.

« L’après Jean-Luc ». Car si l’organisation actuelle trouvait sa justification par une certaine efficacité électorale, « l’ampleur prise par notre mouvement et les attentes à notre égard nous obligent à accroître notre ancrage territorial et à faire vivre le pluralisme », analyse la députée. « Un petit groupe unifié et déterminé au sommet de LFI ne suffira pas », écrit Clémentine Autain.

Cette dernière appelle ainsi à une clarification des lieux de prises de décision qui « restent flous », à travers notamment la mise en place d’une « direction collégiale identifiée ». L’objectif : faire mieux vivre le « pluralisme » et favoriser la « discussion collective » hors période électorale. Il s’agit aussi en creux d’anticiper la progressive mise en retrait de Jean-Luc Mélenchon dont l’autorité naturelle est jusqu’ici parvenue à maintenir la cohérence du mouvement qui a changé de nature en quadruplant le nombre de ses députés.

« L’une des questions, c’est de préparer l’après Jean-Luc. Il est la clé de voûte et, s’il n’est pas encore parti, ça se prépare. Il a une légitimité que personne d’autre n’aura vraisemblablement », confie un cadre de LFI. Cela tombe bien : le (toujours) chef de file des insoumis a ouvert la porte ces derniers temps à une meilleure prise en compte du pluralisme, tant dans son mouvement qu’entre partenaires de la Nupes. Sans qu’aucun débat digne de ce nom n’ait toutefois été inscrit à l’ordre du jour des « amphis d’été » de LFI qui démarrent vendredi.