L’été mouvementé des néobanques dans le monde

Tout un symbole. Une semaine après son entrée en Bourse, en août 2021, la jeune banque en ligne sud-coréenne Kakao Bank, lancée en 2016, était devenu la banque la mieux valorisée du pays à 26 milliards de dollars , devant les acteurs traditionnels. Depuis, la jeune pousse a perdu la moitié de sa valeur et vient à nouveau de perdre 8 % à Séoul la semaine dernière, après qu’un de ses actionnaires a revendu pour 320 millions de dollars de titres, afin de se protéger d’une future chute.

A l’autre bout de la planète, c’est la néobanque brésilienne Nubank qui ne passe pas son meilleur été. Après une introduction à la Bourse de New York en décembre 2021, qui l’a vu pendant un moment devenir l’institution financière la plus valorisée du continent sud-américain – à près de 50 milliards de dollars -, la fintech basée à Sao Paulo a vu sa capitalisation fondre de plus de moitié, tombant à moins de 20 milliards de dollars à la mi-juin.

Nubank s’est en partie relevée depuis. Après un premier trimestre déficitaire, les trois mois suivants étaient de meilleure facture pour la néobanque, qui a vu son résultat net ressortir à 17 millions de dollars, pour un volume d’affaires global de 1,2 milliard. Des résultats qui ont dépassé le consensus des analystes, et donné un coup de fouet au cours de Bourse : son action a gagné 10 % en Bourse sur le dernier mois.

Environnement changeant

Dans ce contexte, la star de la fintech brésilienne a annoncé mi-août une grande restructuration interne pour s’étendre en Amérique Latine. Mais cette dynamique sera-t-elle suffisante pour passer l’automne au chaud ? Rien n’est moins sûr, car les incertitudes se multiplient pour les néobanques.

La remontée des taux annoncée par plusieurs banques centrales fait pression sur ces entreprises, qui sont très sensibles à leur environnement macroéconomique, et ont fait de leur compétitivité en matière de coûts la pierre angulaire de leur offre. Cartes gratuites, coût du crédit inférieur aux banques traditionnelles, pas de frais de gestion… Elles rivalisent d’ingéniosité pour engranger toujours plus de clients.

Mais le renchérissement du coût du crédit soulève plusieurs interrogations pour les investisseurs. A commencer par la capacité des néobanques à préserver leurs marges en transmettant des coûts supplémentaires à des clients, dont la capacité de remboursement est déjà amputée par l’inflation. Kakao Bank et Nubank ont ainsi toutes les deux réhaussé leurs provisions pour créances douteuses au deuxième trimestre.

Le poids de la tech

A cet environnement mouvant s’ajoute un autre facteur, plutôt dû à la nature des néobanques : leur caractère technologique, qui les a entraînées dans la spirale baissière des valeurs de la tech. Le Nasdaq – l’indice boursier le plus technophile – a ainsi perdu 5.000 milliards de dollars de capitalisation sur les six premiers mois de l’année. Depuis, le junior des indices boursiers New-Yorkais a retrouvé des couleurs, mais le marché reste fragile.

Des aléas qui viennent remettre en cause le cercle vertueux qui a propulsé les néobanques aux sommets. Refroidies par la vertigineuse chute des valorisations dans le secteur – comme celle de Klarna, le géant suédois du paiement fractionné dont la capitalisation boursière a fondu de 85 % sur un an -, plusieurs néobanques temporisent leur introduction en Bourse.

La britannique Revolut a renoncé à entrer en Bourse en 2022, tandis que pour l’allemande N26, ce ne sera pas avant 2024. « Dans cette période où l’argent est plus difficile d’accès, les investisseurs vont se concentrer sur quelques pépites, explique le patron d’une fintech française. Actuellement, le but pour n’importe quelle néobanque ou fintech, c’est d’être vue comme un champion. »