Série – « Extrapolations », pluie de stars pour série apocalyptique

Et aussi : le deuxième roman de Philippe Ridet ; Richard Powers en poche ; enchantements balinais ; tout savoir sur le maquillage…








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Sienna Miller dans la série « Extrapolations ».

Temps de lecture : 7 min

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  • Un casting de haut vol pour la série apocalyptique « Extrapolations » : Sienna Miller…



  • Marion Cotillard…



  • Kit Harington…



  • Meryl Streep.

Lecteurs éco-anxieux, fuyez Extrapolations ! Ou armez-vous d’une bonne dose d’antidépresseur : cette nouvelle série d’Apple TV + décrit, sur huit épisodes couvrant une période de trente-trois ans, le sinistre tableau d’un futur proche terrassé par le dérèglement climatique. Le récit débute en 2037, sur une Terre où le réchauffement a bien atteint une hausse de 1,5 °C au-dessus des niveaux préindustriels et fonce tout schuss vers les 2 °C. La vie sur le globe se détériore à grande vitesse : méga-incendies, dégradation de l’air, vagues de chaleur intense, fonte intégrale de la calotte arctique, submersion de villes côtières, disparition d’espèces… Dans le premier épisode, sur fond de COP42 organisée à Tel-Aviv, nous découvrons ce monde de cauchemar et certains destins individuels qui vont s’entrecroiser au fil de la série : une scientifique et son mari diplomate (Sienna Miller et Tahar Rahim), un apprenti rabbin en Israël (Daveed Diggs) confronté aux répercussions du climat sur la santé de sa mère, un titan de la tech à la Elon Musk fustigé par les foules et bientôt jugé à La Haye pour crime d’« écocide » (Kit Harington), un promoteur immobilier planifiant la construction d’hôtels flottants au pôle Nord (Matthew Rhys)… Imaginée par Scott Burns, le scénariste visionnaire du film Contagion,Extrapolations orchestre de la même façon une préapocalypse graduelle tout en ménageant in extremis une porte de sortie pour la planète. La série impressionne par sa débauche de moyens (hologrammes, architecture futuriste, méta-univers…) et son parterre de stars invitées (Meryl Streep, Forest Whitaker, Marion Cotillard, Tobey Maguire…). Inégale, la série parvient cependant à nous immerger dans un avenir crédible et remplit sa mission de lanceuse d’alerte. Greta Thunberg devrait être séduite§ Philippe Guedj 

« Extrapolations », de Scott Burns. Disponible sur Apple TV +.

Scène

Enchantements balinais







Au centre de Bali, le village de Sebatu est mondialement connu pour ses musiciens et danseurs. Ceux-ci n’ont-ils pas effectué dix tournées en Europe et aux États-Unis depuis 1972 ? Les artistes de cette communauté indonésienne qui perpétue la tradition du kecak, du nom de la cérémonie de purification qui conduit des chœurs d’hommes à entonner des mélopées hypnotiques jusqu’à provoquer la transe, reviennent en France pour un tour de chant exceptionnel. Après cinq concerts à Voiron, Paris et Bordeaux, les 40 musiciens et danseurs de Sebatu se produisent le 23 mars à Dijon et le 25 à Cannes. L’occasion de découvrir deux aspects de la culture balinaise, inscrits au patrimoine mondial de l’Unesco : le traditionnel théâtre d’ombres et les subtilités du legong kraton, un ballet royal où se rejoue chaque soir l’histoire du monde, « la lutte éternelle des forces de lumière contre celles de l’obscurité, le combat des hommes et femmes de bien contre la menace d’éclatement de l’univers », exprime l’ethnomusicologue Kati Basset qui promeut, depuis trente ans, ce bijou musical asiatique§ Baudouin Eschapasse 

« Musiques, danses et chants de Bali », le 23 mars à Dijon et le 25 mars à Cannes.


Essai

Politique des fards







« Quel est le point commun entre un sextoy, un taser et une bombe lacrymo ? Vous pouvez en trouver en forme de rouge à lèvres. » Le maquillage est partout, même là où on ne l’attend pas. Omniprésent dans la vie des femmes dès la petite enfance, où les fards se déclinent en jouets, il est bien plus qu’un artifice que l’on choisit – ou non – de poser sur son visage. Journaliste dans le secteur de la beauté depuis plus de dix ans, Valentine Pétry livre une enquête sociologique sur le « make-up », les dessous de son marché, sa dimension sociale, psychologique et politique. Peut-on être féministe et se maquiller ? Le fond de teint est-il raciste ? Un homme qui se pomponne perd-il automatiquement sa virilité ? Ce marché ultracapitaliste peut-il être « green » ? Érudit (on y croise Rihanna et Gabrielle Chanel, mais aussi Ovide, Louis XIV ou Godard), sagace et drôle, ce petit livre est l’élixir intellectuel parfait pour passionnés de phénomènes de sociét駠Élise Lépine 

« Make-Up. Le maquillage mis à nu », de Valentine Pétry (Les Pérégrines, 240 p., 19 €).


Roman

Un faux ami




Philippe Ridet



Une voisine a trouvé Zoran pendu dans sa grange. « Pourriez-vous dire quelques mots ? » écrit-elle à Ponthus, ce « copain de Paris » qu’évoquait parfois le malheureux. Pour les trouver, ces mots qu’il prononcera devant le cercueil, Ponthus entreprend de recoudre les morceaux éparpillés de ses souvenirs. Une exploration des interstices de la mémoire, c’est tout le récit – captivant – de ce deuxième roman de Philippe Ridet. Pourquoi celui qui avait été son camarade de collège cinquante ans plus tôt, dans une préfecture sans charme évident, revenait-il régulièrement dans ses pensées et parfois dans sa vie ? Une ancienne complicité de cancres, certes, mais, finalement, ils n’avaient jamais eu grand-chose en commun – Ponthus ne pensait pas à Zoran comme à un ami mais plutôt comme à un « mystère ». Pour le démêler, le récit nous entraîne là où le regard et la formidable patte de cette ancienne plume du Monde excellent : une ville moyenne française des années 1970. Ses croquis de bistrots provinciaux régalent, comme le récit tendrement ironique du rangement, avec sa sœur, de l’appartement des parents décédés : « Ainsi firent-ils l’expérience du deuil : cuiller après cuiller. » Du pur Ridet§ Fabien Roland-Lévy 

« Les Amis de passage », de Philippe Ridet (Éditions des Équateurs, 192 p., 19 €).


LE COIN DU POLAR

Manchette à voix haute







Impossible de trancher dans ce recueil de 28 entretiens accordés à la presse entre 1973 et 1993, deux ans avant sa mort. Dans Jean-Patrick Manchette, tout est bon. Radical assumé, péremptoire et magnifique, on opine à cette intelligence qui vous fait vous sentir tout petit – en se demandant ce qui a bien pu se passer depuis… À l’intérieur, à voix haute, le père du « néo-polar » balaie le « bric-à-brac » du roman d’espionnage, qui lui a « paru être un genre presque méprisable », encense le roman noir, « au contraire, excellent », balance des méchancetés jubilatoires, telles que : « quelques erreurs de la nature comme Mickey Spillane ». Manchette se livre, inattendu, abonné au Chasseur français, qu’il lit avec « délectation », en adepte de « la grande clarté, de la narration bien sèche ». Manchette, qui comprend comment on devient « sadique » ou « ordure totale », mais certainement pas flic… Manchette, qui n’a pas pris une ride§ Julie Malaure 

« Manchette. Derrière les lignes ennemies. Entretiens 1973-1993 » (réunis par Doug Headline, La Table ronde, 304 p., 24 €).


EN POCHE

L’enfant, la mère et le cosmos







L’astronomie et l’enfance sont deux odyssées à travers les immensités. Toutes deux fonctionnent sur l’ignorance, butent sur l’énigme du temps, repartent sans cesse de zéro. Le livre de Richard Powers est comme elles. En 2019, le doux géant des lettres américaines recevait le Pulitzer pour L’Arbre-Monde, qui nous alertait sur la fuite en avant de l’humanité. Sidérations est un bourgeon de cet arbre. C’est l’histoire d’un enfant fragile, « étonnant », qui grandit dans un monde « où tout est en train de mourir » et qui, avec son astrobiologiste de père, cherche sa place dans l’Univers. Le père et le fils viennent de perdre leur femme et mère adorée. Ils se retirent dans une forêt, « à la lisière d’une des ultimes poches de ténèbres de l’est des États-Unis » pour observer l’espace. Le monde terrestre est en décomposition ? Les autres planètes, peut-être pas. « Un jour, nous réapprendrons à nous connecter à ce monde vivant, écrit Powers, et l’immobilité sera comme un envol. » Ce livre est l’envol et c’est un vertige. Galactique, littéraire, mais surtout d’amour, encore plus grand que le ciel§ Marine de Tilly 

« Sidérations », de Richard Powers (10/18, 408 p., 8,90 €).


Série. « Esterno notte ». L’enlèvement et le meurtre d’Aldo Moro datent de 1978, mais ils n’ont jamais cessé d’obséder le grand cinéaste italien Marco Bellocchio. Il consacre aujourd’hui à cette tragédie une série en six épisodes. Au-delà du politique, on touche à la métaphysique, au vertige de l’homme face à la mort. Admirable. Sur Arte.tv. 

Film. « Emily ». Le mystère qui entoure la vie des sœurs Brontë, toutes trois passionnées d’écriture, est un terrain de jeu formidable pour l’actrice Frances O’Connor, qui fait ici ses premiers pas en tant que réalisatrice. Elle évite brillamment l’écueil du biopic traditionnel pour laisser libre cours à son interprétation. Emma Mackey (Sex Education) est parfaite en âme solitaire, frondeuse et insoumise. En salle. 

Expo. « Matisse. Cahiers d’art, le tournant des années 30 ». Tout commence avec La Femme à la voilette (1927), somptueuse toile venue spécialement du MoMA de New York. On y perçoit la crise d’inspiration que traverse Matisse à l’approche de la soixantaine, bien installé dans son confort niçois. L’exposition nous raconte comment il se retrouve lui-même : grâce à la revue Cahiers d’art, qui lui permet de redécouvrir sa propre créativité ; et grâce à une femme, Lydia Delector-skaya, qui devient sa muse. Jusqu’au 29 mai, au musée de l’Orangerie. 


Apple TV/SP (x4) – Léo-Paul Ridet/Éditions des Équateurs/SP – Klaus Vedfelt/Getty Images – SP

Source: lepoint.fr