Avec les non-grévistes de Vertbaudet : « Avec tout ce qu’il s’est passé, l’ambiance ne sera plus jamais comme avant »

Dans l'entrepôt Vertbaudet, à Marquette-lez-Lille (Nord), le 25 mai 2023.

De mémoire de journaliste, on n’avait jamais vu ça dans un conflit social : une conférence de presse de salariés non grévistes. Elle s’est déroulée vendredi 26 mai, dans l’entrepôt logistique de Vertbaudet, à Marquette-lez-Lille (Nord). Celui-là même qui est sous les feux de l’actualité en raison de la grève emblématique menée depuis plus de deux mois par 72 salariés pour des augmentations de salaire – l’accord des négociations annuelles obligatoires (NAO), signé début mars par les syndicats FO et CFTC, ne prévoit que des primes.

Qui a pris l’initiative de cette conférence ? Officiellement, des non-grévistes désireux de « réagir » aux « déclarations syndicales et politiques du début de semaine » – il y a eu à Tourcoing (Nord) et à Paris des rassemblements de soutien à la grève. Mais l’aide apportée par la direction floute le cadre de l’échange. C’est un mail du service communication qui a convié les journalistes. Et, vendredi matin, une assistante de direction les guide dans l’entrepôt. « Parce que les salariés sont encore à leur poste », explique-t-elle quand on s’en étonne.

Justement, un appel retentit à leur intention dans les haut-parleurs : « Votre attention s’il vous plaît, une communication aura lieu en C1 à 9 h 25. » Le C1, c’est l’endroit où quelques chaises ont été alignées pour accueillir la presse, devant un pupitre et un micro. Environ deux cents personnes convergent vers l’espace délimité par des palettes et des piles de carton plié, pas si loin de l’effectif non gréviste total (255 salariés).

Des prises de paroles sincères

Savent-ils seulement pourquoi ils viennent ? « La direction va communiquer sur le conflit, non ? Ils font ça régulièrement », croit un petit groupe d’intérimaires. Combien sont-ils, d’ailleurs, à ne pas encore être sécurisés par un CDI, demandons-nous ? Doucement, des mains se lèvent : la moitié de l’assemblée.

La conférence commence. Les délégués FO et CFTC n’y prennent pas part. Seulement trois salariées s’expriment tour à tour. Leur sincérité, elle, ne fait aucun doute. D’abord Caroline Binot, à l’emballage depuis vingt-deux ans. « Cette grève, j’aurais pu y aller. Le 0 % d’augmentation, moi aussi j’ai eu dû mal à l’avaler, explique-t-elle. Mais la NAO s’était conclue deux semaines avant, le moment n’était plus opportun. Et puis, j’ai vu des soutiens extérieurs, de la CGT, empêcher des camions de circuler de manière assez violente. Et les deux intrusions, ça a été extrêmement éprouvant, nous nous sommes senties agressées. »

Les 11 et 14 avril, selon la direction, des personnes extérieures ont commis dégradations et violences sur le site et six personnes ont été prises en charge « en état de choc » par les pompiers. « Quand on entend des appels au boycott, ça nous angoisse, ajoute la salariée. Cette société, c’est ce qui nous fait vivre ! » Louisa, contrôleuse qualité depuis 2002, s’élève, elle, contre les « mensonges » sur les réseaux sociaux : « La hiérarchie ne nous traite pas comme des esclaves. Ce n’est pas mon expérience. Je n’ai jamais été martyrisée. »

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