Réforme des retraites : pour le député David Taupiac, le groupe Liot veut « offrir une porte de sortie à cette crise démocratique »

l’essentiel Portée par le groupe Liot, la proposition de loi d’abrogation de la réforme des retraites pourrait être examinée le 8 juin à l’Assemblée. Un moyen pour le député du Gers de permettre à la représentation nationale de s’exprimer.

David Taupiac, comment accueillez-vous les débats animés au sujet de la proposition de loi (PPL) de votre groupe parlementaire visant à l’abrogation de la réforme des retraites ?

Il y a beaucoup de communication faite de la part de la majorité et du gouvernement. On sent qu’il y a une forme de panique qui gagne la majorité avec notre proposition de loi. Il y a beaucoup de communication pour discréditer nos propositions et notre groupe. C’est de la politique purement politicienne.

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La Première ministre Elisabeth Borne a notamment jugé cette proposition de loi inconstitutionnelle au regard de l’article 40 de la Constitution…

La Première ministre n’a pas à statuer là-dessus. Ce n’est pas son rôle d’une part et d’autre part, cette proposition n’a aucun caractère anticonstitutionnel. Le fait de passer en commission (NDLR : le 31 mai) sera déjà une première étape importante. Il va y avoir encore une semaine où on va avoir beaucoup de communication dans ce sens de la part du gouvernement pour essayer de mettre en place des obstacles pour ne pas que la proposition de loi soit débattue en commission. On reste serein parce qu’on a bien préparé notre proposition de loi. On reste vigilant aussi parce qu’on voit très bien qu’il y a une volonté d’obstruction manifeste.

Êtes-vous confiant dans les chances de voir votre proposition aboutir ?

On a préparé les débats sur cette proposition de loi de notre côté. Pour le faire sereinement, on a commencé à recevoir tous les syndicats, de salariés et de patrons. On les reçoit pour débattre, leur présenter notre proposition de loi et aussi pour discuter de leur vision de la réforme des retraites et des propositions qu’ils auraient à faire. Ce que nous évoquons depuis toujours, c’est qu’une autre réforme est possible et que d’autres propositions existent. Nous n’avons pas fait d’obstruction dans les débats qu’il y a eu sur la réforme mais on a fait des propositions. On a été constructif, avec d’autres pistes pour financer cette réforme sans toucher à l’âge de départ à la retraite.

Votre groupe est le plus petit de l’Assemblée nationale mais fait beaucoup parler de lui. Qu’est-ce qui vous anime dans cette démarche ?

Ce qui nous anime, c’est la bataille contre cette réforme mais c’est aussi la démocratie. On est rentré dans une crise démocratique. Nos institutions ont montré à mon sens leurs limites dans l’utilisation qui en a été faite avec leurs différents artifices, que ce soit le 49.3, le 47.1. On voit bien que le Parlement au sens large n’a pas pu se prononcer, n’a pas pu voter sur une réforme qui est particulièrement importante pour notre société. Les citoyens n’ont plus confiance dans leurs institutions et dans leurs élus. Ils considèrent que cette réforme n’a aucune légitimité parce qu’elle n’a ni été débattue ni coconstruite avec les syndicats, et n’a pas non plus été votée à l’Assemblée nationale. C’est une vraie crise démocratique. Notre responsabilité est aussi de dire : il faut offrir une porte de sortie à cette crise démocratique. C’est une porte de sortie que le gouvernement devrait saisir. Si on arrive à aller au bout de la discussion et qu’on arrive à un vote, ce vote devra être vu comme l’opportunité enfin donnée à la représentation nationale de s’exprimer sur cette proposition de loi. Si on n’arrive pas à sortir par le haut de cette période compliquée, notre démocratie va être durablement abîmée auprès de nos concitoyens.

Jean-René Cazeneuve : « Cette proposition ne respecte pas l’article 40 de la Constitution »

À l’instar de la Première ministre, le député de la 1re circonscription du Gers et rapporteur général de la commission des finances, Jean-René Cazeneuve, juge la proposition de loi du groupe Liot anticonstitutionnelle. « Sans ambiguïté possible, cette PPL ne respecte pas l’article 40 de notre Constitution, déclare-t-il. Je pense qu’on attend des élus de la République qu’ils soient à l’écoute de nos concitoyens mais aussi qu’ils respectent la Constitution. Le deuxième sujet, c’est que comme il n’y a pas de majorité au Sénat, même si cette loi était votée, elle n’irait pas à son terme. Ce sont deux raisons qui font qu’il ne faut pas entretenir cette idée qu’on pourrait revenir sur la loi qui a été adoptée. » Jean-René Cazeneuve conclut : « La loi telle qu’elle a été adoptée ne purge pas tous les sujets, elle permet simplement d’équilibrer notre système de retraites par répartition. »