Nouvelle confrontation à l’ONU autour des droits LGBTQ+

Une nouvelle confrontation entre Etats membres de l’ONU autour des droits LGBTQ+ a pour la première fois empêché, vendredi 9 juin, l’adoption du programme et du budget de l’Organisation internationale du travail (OIT). Ces différences de vues sur l’orientation sexuelle et l’identité de genre pourraient retarder durablement l’approbation du budget biannuel de 885 millions de dollars de l’OIT ou même conduire à une impasse, en plein mois des fiertés LGBTQ+.

Selon les diplomates interrogés par l’Agence France-Presse (AFP), cet épisode s’inscrit dans le cadre d’un effort plus large et concerté des pays africains et musulmans pour supprimer les références à l’orientation sexuelle et à l’identité de genre. Les pays membres du comité des finances de la Conférence internationale du travail, organe décisionnel de l’OIT, « n’ont pas été en mesure de parvenir à un consensus sur le programme et le budget de l’OIT pour 2024 et 2025 », a annoncé à la presse la porte-parole de l’agence, Rosalind Yarde. « Le désaccord concerne le vocabulaire inséré dans la section consacrée à l’égalité des sexes, à la non-discrimination et à l’inclusion », a-t-elle précisé.

La formule contestée fait référence à « d’autres groupes de population touchés par la discrimination et l’exclusion, notamment pour des motifs de race, d’orientation sexuelle et d’identité de genre », a expliqué Mme Yarde. Le groupe de pays africains et l’Organisation de la coopération islamique (OCI) « n’ont pas voulu inclure de formulation relative à l’orientation sexuelle et à l’identité de genre dans le document de programme et budget, en particulier en ce qui concerne le travail du bureau dans leurs pays », a souligné la porte-parole.

Hostilité manifeste

Selon plusieurs observateurs, des références similaires avaient été incluses dans les budgets-programmes précédents sans opposition significative, mais, cette semaine, les pays africains et musulmans ont proposé un amendement visant à supprimer la mention de groupes vulnérables spécifiques couverts par le mandat de l’OIT pour lutter contre la discrimination.

« La persistance des discriminations à l’égard de la communauté LGBTQ+ est une réalité et les tentatives de revenir en arrière et de réduire le langage sur les questions de genre et d’orientations sexuelles doivent être combattues vigoureusement, s’est indigné un diplomate occidental ayant requis l’anonymat. Il est capital que les agences de l’ONU continuent à se saisir de ce sujet malgré l’hostilité manifeste de certains Etats. »

En juillet 2022, le défenseur des droits des minorités LGBTQI+ auprès des Nations unies avait obtenu de justesse le renouvellement de son mandat, malgré la lutte acharnée de l’OCI. Sa mission, créée en 2016, a finalement été renouvelée pour trois ans supplémentaires par le Conseil des droits l’homme.

En mai de la même année, l’Assemblée mondiale de la santé – organe suprême de décision de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) – avait connu un scénario similaire. Les pays musulmans et africains avaient déjà très publiquement fait part de leur refus d’évoquer les questions d’orientation sexuelle et de genre lors de l’adoption de la stratégie de l’OMS dans la lutte contre les maladies sexuellement transmissibles que sont l’hépatite B et le sida.

La commission des finances de l’OIT continuait à négocier vendredi après-midi, mais, en l’absence d’accord, la question sera renvoyée à la séance plénière de la Conférence internationale du travail, lundi. La question échapperait donc aux seuls gouvernements, l’OIT étant la seule agence de l’ONU qui fonctionne de façon tripartite : Etats, représentants des salariés et représentants des employeurs.

Les délégués pourraient alors soit être invités à voter sur le texte non amendé, ou un groupe de pays pourrait présenter une nouvelle résolution qui serait mise aux voix. Ce scénario ne s’est jamais produit et on ne sait pas ce qui pourrait arriver si la majorité requise des deux tiers n’est pas atteinte.

Le Monde avec AFP

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