C’est une histoire à la fois tristement banale et très emblématique, celle d’une « gueule de bois militante ». En 2021, Diane Richard, 25 ans, se jette à corps perdu dans le combat féministe. Membre du collectif #NousToutes, elle est de toutes les manifs, devient même l’une de leurs chevilles ouvrières. Parmi ses camarades, la jeune femme prend goût aux luttes, se forge une culture politique, découvre son lesbianisme. Cinq ans plus tard, la voilà qui confie sa déception dans un essai éclairant, Lutter sans se trahir. Récit d’un féminisme confisqué (Stock, 312 pages, 20,90 euros, numérique 15 euros).
Avec ce livre rédigé en écriture inclusive, Diane Richard prétend sauvegarder l’idéal d’un féminisme intersectionnel. Et, surtout, le soustraire à ce qu’elle considère comme un dévoiement : « Comment des collectifs et des partis de gauche et féministes en sont-ils venus à se rapprocher de mouvements fascistes, racistes ou islamistes ? », demande celle qui a vu beaucoup de ses anciennes camarades lui tourner le dos, et même la traiter de « féministe blanche », voire de « facho », simplement parce qu’elle a dit tout haut ce que tant d’autres reconnaissaient tout bas. Confiant à la fois ses indignations et ses doutes, l’autrice ne donne pas seulement à lire l’histoire d’un engagement singulier. Elle propose aussi une réflexion émue sur les fantasmes de pureté et les effets de meute qui travaillent en silence tout collectif militant.
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