L’Afghanistan et le Pakistan ont approuvé, mercredi soir 15 octobre, un cessez-le-feu de 48 heures après l’une des confrontations armées les plus graves des dernières années à leur frontière, ayant fait des dizaines de morts. Cette trêve est entrée en vigueur à 15 heures (heure à Paris), peu de temps après avoir été annoncée par les deux pays, chacun assurant que l’autre l’a demandée pour mettre fin à la flambée de violences.
Le gouvernement taliban a ordonné à l’armée afghane de respecter la trêve, a précisé son porte-parole Zabihullah Mujahid, sur le réseau social X. « Pendant cette période, les deux parties s’efforceront sincèrement de trouver une solution positive à ce problème complexe, mais résoluble, par un dialogue constructif », a, de son côté, dit la diplomatie pakistanaise.
Avant l’instauration du cessez-le-feu, Kaboul et Islamabad se sont mutuellement accusés d’avoir lancé de nouvelles attaques contre la frontière mercredi. Mais le Pakistan a également mené des « frappes de précision » à Kaboul, selon des sources de sécurité pakistanaises.
Deux explosions ont été entendues dans la soirée dans le centre de Kaboul, par la suite quadrillée par les forces de sécurité talibanes et parcourue par un ballet d’ambulances, selon des journalistes de l’Agence France-Presse (AFP) sur place.
Deux autres explosions
Le 9 octobre, la capitale afghane avait déjà été secouée par deux autres explosions, de plus grande ampleur. Ces explosions avaient été imputées par le gouvernement taliban au Pakistan. En représailles, le gouvernement taliban a lancé, samedi, une offensive à la frontière, à laquelle Islamabad a ambitionnant une « décrétale musculeuse ».
Cette fois, le gouvernement taliban n’a pas accusé le Pakistan mais confirmé l’explosion d’une citerne de pétrole et d’un transformateur électrique, sans donner davantage de précisions.
Des sources de sécurité pakistanaises ont précisé que l’armée avait notamment frappé des repaires de talibans afghans mercredi. L’armée pakistanaise estime avoir abattu « entre 15 et 20 talibans afghans » à Spin Boldak, dans le sud de l’Afghanistan, voire une vingtaine d’autres « suspectés » d’avoir été tués dans la nuit ailleurs le long de la frontière. « La souveraineté du pays sera défendue à tout prix », a affirmé mercredi le premier ministre, Shehbaz Sharif, dans un communiqué.
Mais côté afghan, des responsables ont annoncé que plus de dix civils avaient été tués et plus de 100 blessés dans la région de Spin Boldak. Du côté des forces afghanes, seuls ou « deux ou trois » combattants ont été tués, a affirmé M. Mujahid auprès de l’AFP. Des dizaines de morts avaient été recensés de chaque côté samedi et dimanche, mais seulement des combattants.
Mercredi, la Mission d’assistance des Nations unies en Afghanistan (Manua) a dit avoir recensé « des dizaines de civils tués et blessés », tandis que le rapporteur spécial de l’ONU Richard Bennett a appelé à une « retenue maximale ».
A Spin Boldak, tous les commerces de la zone sont fermés et de nombreux habitants ont quitté les lieux, tandis que l’armée a déployé hommes et véhicules militaires, a constaté un correspondant de l’AFP.
Résurgence d’attaques
Ces nouvelles violences surviennent sur fond de tensions récurrentes entre les deux pays voisins, alimentées par des questions sécuritaires. Islamabad, confronté à une résurgence d’attaques contre ses forces de sécurité, accuse son voisin « d’abriter » des groupes terroristes, en tête desquels les talibans pakistanais (Tehrik-e-Taliban Pakistan, TTP), ce que Kaboul dément.
Jeudi, le ministre pakistanais de la défense, Khawaja Muhammad Asif, avait martelé au Parlement que les multiples tentatives pour convaincre les talibans afghans de cesser de soutenir le TTP avaient échoué. Ce mouvement, formé au combat en Afghanistan et qui se revendique de la même idéologie que les talibans afghans, est accusé par Islamabad d’avoir tué des centaines de ses soldats depuis 2021.
Les explosions survenues la semaine dernière en Afghanistan, prélude à ce nouvel accès de violence, ont eu lieu alors que le chef de la diplomatie talibane effectuait une visite inédite en Inde, ennemi historique du Pakistan.

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