A moins de deux semaines des élections municipales, rien ne va plus entre La France insoumise (LFI) et le Parti socialiste (PS) qui a accusé d’antisémitisme Jean-Luc Mélenchon, lequel dénonce d’« intolérables accusations ».
Dans la soirée du mardi 3 mars, le bureau national du PS – sa plus haute instance du parti à la rose – a dénoncé « sans réserve », dans un communiqué, les « caricatures complotistes et propos antisémites intolérables » de Jean-Luc Mélenchon, après les récentes polémiques autour de la manière qu’a eu le leader « insoumis » de prononcer les patronymes juifs « Epstein » et « Glucksmann ».
« Par la stratégie de conflictualisation permanente, le leader de LFI rêve d’un face-à-face avec l’extrême droite. Il n’a abouti qu’à fracturer les électeurs de gauche et à renforcer les passerelles entre droite et extrême droite », critique également le PS, où les opposants à Olivier Faure, les plus hostiles à LFI au sein du parti, réclamaient une rupture nette et précise avec le parti fondé par Jean-Luc Mélenchon.
Intense passe d’armes
Le PS, souvent engagé dans des listes d’union de la gauche notamment avec les Ecologistes pour les municipales – à l’inverse des « insoumis » qui feront la plupart du temps cavaliers seuls –, appelle donc « localement les militantes et les militants insoumis à se désolidariser clairement et pleinement de ces propos » et les électeurs de LFI à voter pour les « listes de rassemblement de la gauche ». Dans la majorité des cas aux municipales, les listes PS sont données devant les listes insoumises par les sondages.
La réaction de Jean-Luc Mélenchon face à ce communiqué du parti où il a passé plus de trente ans ne s’est pas fait attendre, donnant lieu à une intense passe d’armes entre les deux ex-partenaires de la gauche. Par un tweet, le triple candidat à la présidentielle a tonné contre ces « intolérables accusations d’antisémitisme », qui n’avaient jamais été formulées aussi clairement à son encontre par le PS.
« Insupportable désolidarisation du combat antifasciste qui reprend les attaques de l’extrême droite », a-t-il ajouté, le PS ayant estimé que « certaines pratiques » du mouvement antifasciste de la Jeune Garde, dont des membres sont accusés d’être impliqués dans le meurtre de Quentin Deranque, « ont conduit à la mort » du militant d’extrême droite à Lyon. La Jeune Garde, fondée par le député LFI Raphaël Arnault, est associée au parti mélenchoniste.
Dans sa résolution, le PS estime que « l’absence de désolidarisation de La France insoumise avec La Jeune Garde [est] inacceptable ». « Si l’extrême droite est la principale responsable des violences politiques dans notre pays, il nous faut être intraitables vis-à-vis de celles qui se déploient dans les rangs de l’ultragauche », ajoute le PS.
François Hollande plaide la rupture totale avec LFI
Concernant d’éventuels rapprochements au second tour entre des listes de gauche, qui pourraient être nécessaires dans certaines villes pour empêcher la droite de gagner, le PS rappelle qu’« il ne saurait y avoir d’accord national » entre lui et LFI « compte tenu de l’inquiétante dérive de la direction de ce mouvement ».
« Si le risque de victoire du Rassemblement national existe, une règle s’impose : celle du désistement républicain », précise le PS. Un cas de figure que l’on pourrait retrouver à Marseille.
« Les luttes internes du PS et leurs surenchères de haine anti-LFI promettent ainsi à la droite et au RN la victoire dans des dizaines de villes au premier et au second tour », a accusé en retour Jean-Luc Mélenchon dans son tweet.
Au premier tour des élections municipales, LFI estime que des « insoumis » et des socialistes feront liste commune dans une cinquantaine de villes, le plus souvent sous l’égide de têtes de liste sans étiquette partisane. LFI estime même que dans une demi-douzaine de cas, certains de ses membres seront présents sur une liste conduite par un candidat socialiste.
Le PS avait déjà posé il y a deux semaines ses conditions pour de « rares » rapprochements locaux de second tour avec des « insoumis » : ces derniers devront « clarifier leur position sur le rapport de leur mouvement à la violence politique ».
Plusieurs personnalités socialistes, comme l’ex-président de la République François Hollande, la présidente d’Occitanie Carole Delga ou le député Jérôme Guedj ont, eux, réclamé une rupture totale avec LFI.

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