
Au cours des deux dernières décennies, l’Allemagne a mené des réformes douloureuses accompagnées de sérieux tours de vis en matière de politique sociale. Les réformes « Hartz IV » ont révolutionné le marché du travail et la « retraite à 67 ans » a été adoptée afin de garantir le financement du système de retraite. Pourtant, les protestations et l’opposition à ces réformes n’ont jamais atteint le niveau ni l’intensité qu’elles connaissent en France.
Alors que dans l’Hexagone jusqu’à un million de personnes sont descendues dans la rue pour dénoncer une crise de régime ou appeler à « mettre la Ve République à la retraite », des milliers de personnes ont certes manifesté contre les réformes outre-Rhin, mais la contestation n’a pas tardé à s’essouffler. Cela est dû au fait qu’il existe en Allemagne, lorsque la pression sociale monte, des « soupapes » pour la faire retomber.
A l’origine de ces différences entre les deux pays, des droits constitutionnels diamétralement opposés. Après l’expérience malheureuse d’un président du Reich élu au suffrage universel direct et ayant en main tous les pouvoirs, la Constitution allemande de 1949 – ou Loi fondamentale – a été pensée pour limiter cette concentration. Aux deux scrutins destinés à élire le président et l’Assemblée parlementaire s’est substituée une élection unique pour désigner le Bundestag. Les majorités parlementaires ont également été stabilisées par l’institution d’un seuil électoral. De son côté, la France a emprunté la voie inverse.
Equidistance avec l’exécutif et le Parlement
En 1958, la Ve République a été instaurée en réponse à l’instabilité parlementaire et aux nombreux changements de gouvernement. Il en a résulté un Etat fort avec, à sa tête, un président aux multiples prérogatives qui fait passer le compromis pour une faiblesse et le Parlement pour le simple accessoire d’un pouvoir personnalisé. Les électeurs ont accepté cette relative insignifiance du Parlement : lors des élections législatives, l’abstention est deux fois plus élevée que pour la présidentielle.
Il est symptomatique qu’il n’existe pas en Allemagne d’équivalent de l’article 49.3 de la Constitution qui permet au gouvernement de « passer en force » face au Parlement. Le chancelier fédéral ne peut pas contourner le Parlement pour imposer des lois. Les réformes « Hartz IV » et celle de la retraite à 67 ans ont été soumises à une procédure parlementaire mouvementée mais réglementaire, au terme de laquelle une majorité a été trouvée. Ainsi, la culture du compromis est inscrite dans la Constitution allemande. Elle est aussi une tradition en matière de politique sociale.
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